Chers Priants,
Après avoir vu dans une première partie le contenu de notre foi, le Credo, et dans une deuxième les sacrements, abordons maintenant la façon de vivre en chrétien. Les sacrements sont une aide divine pour agir selon Dieu. Mais encore faut-il que nous coopérions à la grâce. C’est notre agir que nous allons maintenant aborder, c’est-à-dire le domaine de l’éthique ou de la morale.
Nous sommes faits pour le bonheur !
Contrairement à d’autres religions qui énoncent des règles pour tous les détails de la vie personnelle et sociale, le christianisme est une religion de la liberté. En les accomplissant en sa personne, Jésus a supprimé l’application littérale des centaines de règles de la loi de Moïse. En particulier, Jésus déclarait purs tous les aliments (Mc 7, 19, cf. Ep 2, 15; Ac 10; Ga 2, 15-16). Nous avons vu que le salut consistait entre autres en la restauration de notre liberté et de notre volonté pour pouvoir faire le bien. « Dieu nous a créés en Jésus-Christ, pour que nos actes soient vraiment bons, conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous et que nous devons suivre » (Ep 2, 10). Ce chemin de sainteté est l’orientation de tout notre être et de tout notre agir vers Dieu, le Bien, le Beau et le Vrai par excellence.
Qu’est-ce qui va orienter notre agir ? C’est d’abord notre vocation au bonheur. Un critère fondamental est donc celui-ci : est-ce que l’action que je vais poser va me rendre heureux ? Heureux selon ce bonheur éternel dont Dieu veut me combler ? En effet, « la dignité de la personne humaine s’enracine dans sa création à l’image et à la ressemblance de Dieu ; elle s’accomplit dans sa vocation à la béatitude divine » (CEC n°1700). Nous voulons spontanément être heureux. La difficulté est que nous ne considérons que le plaisir immédiat, au lieu de considérer la fin ultime de notre action. Aucun bien matériel, aucune personne ne pourra jamais me satisfaire pleinement : Dieu seul est capable de me combler. Une action qui rend vraiment heureux est donc une action dont le terme ultime est l’union avec Dieu. Durant cette vie, même si cette union ne paraît pas encore clairement, elle se traduit en nous par un supplément de foi, d’espérance et de charité. On est davantage porté à aimer les autres, proches ou non, porté à donner et à se donner. Les dix commandements (Dt 5, 6-21; Ex 20, 2-7) et le commandement de l'amour de Dieu et du prochain (Mt 22, 36-40) ne sont rien d'autres que des balises sur ce chemin vers le bonheur éternel.
L’acte libre
Le chemin de la vie est une succession d'actes que je pose. Il faut distinguer les actes libres, qui sont des actes proprement humains, engageant l’intelligence et la volonté, d’actes qui seraient réflexes ou forcés de l’extérieur, et dont on n’est pas responsable. Ma dignité, c’est de pouvoir poser des actes libres. Essayons de mieux les comprendre afin de mieux les poser.
Chaque acte est une unité, mais on peut distinguer quatre étapes pour mieux comprendre ce qui se passe. La première étape est constituée par la multitude des désirs. Supposons que j’aimerais apprendre à jouer de la musique. Je suis jaloux de tel ami qui joue du violon, mais j’aimerais bien aussi faire du piano. Et l’avantage de la guitare, c’est qu’on peut en jouer partout. Plusieurs intentions sont présentes, mes émotions aussi. Soulignons qu’une émotion en elle-même n’est ni bonne ni mauvaise ; elle devient bonne ou mauvaise selon ce que j’en fais. Un sentiment de colère peut aussi bien conduire à de la violence, qui est un mal, qu’à un engagement auprès des plus pauvres, qui est un bien.
Vient la deuxième étape : le choix. Je ne peux pas tout avoir, je ne peux pas tout faire, je ne peux pas tout être ! C’est la condition humaine, avec ses limites, qu’il faut accepter, sous peine d’aller de déception en déception. Ce choix engage mon intelligence : je vais peser le pour et le contre de chaque option, évaluer des critères, etc. Il engage aussi ma volonté : je choisis par exemple le piano, je n’en reste pas au seul désir. Cette volonté est concrète : je vais louer ou acheter un clavier, et prendre les premières leçons. S’il est clair qu’il ne faut jamais choisir le mal, il est parfois difficile de choisir le meilleur entre plusieurs biens. Choisir, c’est en partie renoncer, mais je ne peux pas ne pas choisir : ne pas choisir reste un choix ! Choisir, c’est surtout positivement construire un bien et se construire soi-même ! Et le critère ultime (nous en verrons demain d’autres), c’est la béatitude éternelle : est-ce qu’apprendre à jouer du piano va me rendre meilleur et contribuer au bien des autres, selon la volonté de Dieu ? Une saine détente peut donner un équilibre à ma vie, et je vais par exemple pouvoir animer un temps de prière.
Suit la troisième étape : l’exécution de la décision prise. C’est maintenant l’heure des gammes et du solfège ! Il peut y avoir même de la souffrance : il faut porter sa croix. Et pourtant, renoncer serait renier sa décision, renier le bien que je me proposais d’atteindre. C’est l’heure de la volonté et de la fidélité, essentielle dans tout engagement, car elle est la voie pour arriver au terme, le bonheur. Cette étape est capitale, car renoncer à un engagement dès que l'on rencontre une difficulté, c'est s'enfermer dans une succession de choix (étapes 1 et 2), sans pouvoir jamais aboutir.
Enfin, quatrième étape : la joie de la réussite ! Les efforts sont récompensés, la fin qu’on se proposait d’atteindre est obtenue : j’ai désormais du plaisir à jouer du piano, et je peux faire profiter d’autres de mes talents. Ne boudons pas cette joie !
Résumons
La « morale » chrétienne n’est pas constituée d'une liste de règles ; elle consiste fondamentalement à orienter sa liberté vers le bonheur éternel: Dieu. C’est cette « béatitude » qui est le critère ultime de l’agir chrétien.
Un acte libre se compose de quatre étapes : après la multiplicité des désirs et des émotions vient le choix raisonné et volontaire d’une décision. Il faut alors s’y tenir, pour obtenir la joie du but recherché.
Prions
Seigneur, en me créant à ton image et à ta ressemblance, tu m’as donné la dignité incomparable de pouvoir poser des actes libres, comme toi. Tu veux me combler de bonheur en ta présence. Eclaire mon intelligence et fortifie ma volonté pour que chacun de mes actes me rapproche toujours plus de toi et du bonheur que tu promets. Amen.
Pour aller plus loin
- CEC n°1691-1876, en particulier aujourd'hui les n°1716-1748 et 1762-1775.
- Youcat n°281-290 et 293-294.
- Pour approfondir les fondements de l'agir chrétien : A. Chapelle, J.-M. Hennaux, G. Borgonovo, La vie dans l'Esprit : Essai de théologie morale générale, Parole et Silence, 2010.
- Comment orienter sa liberté vers le bonheur éternel avec l'aide de la grâce : vidéo sur la vertu d'espérance.
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